lundi 9 juin 2008

Régionalisme dites-vous?



Régionalisme dites-vous ?!


Le régionalisme est un phénomène récurrent dans notre société et au fil des années, il devient de plus en plus populaire. Il s’agit de la préférence de sa région d’origine ou d’habitation à l’exception des autres. Elle peut concerner une région, une wilaya, une daïra, une commune, une ville, un village, un quartier... Comme tous les traits de caractère humain, il en existe différents degrés, du simple attachement à la haine des autres. Et comme chacun sait, le dictionnaire définit également le régionalisme comme un courant artistique américain de la fin des années 1930 (surprise ?).

Il est assez naturel d’avoir une affection particulière pour la ville qui nous a vu naître ou grandir, celle où se trouve la demeure qui a abrité plusieurs générations de notre famille. On en conçoit une fierté gratuite, facile, qui ne demande aucun effort de notre part. Dans le chaos de la société actuelle, c’est un réel besoin de revendiquer son appartenance à un lieu, à une terre, car elle apporte une stabilité, un point de repère à nos existences. La terre ne change pas, la terre ne trahit pas, la terre ne juge pas. Et cet amour de la terre se prolongera tout naturellement à ses habitants. D’office, on aimera son "compatriote", on parlera le même langage, on lui trouvera des qualités et on aura l’impression de retrouver chez lui des traits de caractère propres à notre région. On discutera ensemble de lieux que l’on connaît, on aura peut-être côtoyé les mêmes personnes. On sera liés.

Malheureusement, parfois, ce sentiment d’appartenance, cet esprit de clan peut mener à un autre sentiment, moins noble celui-là : la haine. De même que l’on se sentira solidaire de son voisin, on rejettera l’étranger, car il sera différent, il aura un accent et une façon de parler qui seront prétextes aux moqueries. On ne peut pas lui expliquer, il ne comprendrait pas. C’est le degré extrême du régionalisme, le rejet et le mépris. Dès lors que l’on dépasse le cadre de son pays, on se met à parler de nationalisme. Et de la même manière, ce nationalisme peut mener au racisme. Fait similaire, à un degré plus important.

Certes, ce phénomène existe, c’est indéniable, au point que parfois, c’est son fantôme qui rôde autour de nous. Et l’on se voit taxé de régionaliste sous n’importe quel prétexte. Bien sûr, à chaque fois, il ne s’agit pas de se faire traiter de régionaliste "gentil"...
"J’adore Constantine !" "Tu es régionaliste !" (sous-entendu, tu détestes les 47 autres wilayates)
"De quelle origine es-tu ?" "Kabyle." "Tu devrais dire algérienne, tu es régionaliste ! " (sous-entendu, tu détestes les arabes en général)
"J’aime le rap algérois." "Ça veut dire que tu n’aimes pas le rap oranais, tu es régionaliste !" (sous-entendu, tu as un plan secret pour couler le rap oranais).

Aimer sa commune d’origine ne signifie pas que l’on déteste les autres. Avoir une affection particulière pour le quartier qui porte tous nos souvenirs d’enfance ne signifie pas que l’on déteste les autres quartiers. Dire que l’on est kabyle au lieu d’algérien ne signifie pas que l’on est arabophobe. C’est la réponse directe à la question qui suivra inévitablement "ah, tu es algérien, et de quelle ville ?" Depuis quand le complément d’information est-il devenu un crime ?
Heureusement, nous pourrons désormais rétorquer à celui qui nous affublera de ce qualificatif : "tu parles de ce courant artistique américain ? Désolé, je n’étais pas né dans les années 1930..."

Accuser quelqu’un de régionalisme, c’est la réponse facile lorsque l’on se sent soimême atteint pour ses origines, menacé dans son identité. On attaque avant d’être attaqué. Mais ne s’agit-il pas en réalité d’une réponse de régionaliste ? Quelle autre raison pourrait expliquer cette paranoïa ? Etre régionaliste ou brandir constamment le drapeau du régionalisme ne sont qu’un seul et même fléau.

Oui, le régionalisme existe, mais il faut réfléchir à deux fois avant d’en accuser son interlocuteur. La vie n’est pas si simple, l’esprit humain, j’ose le croire, se situe au-delà de ce genre de considération. Il faut voir plus loin que cela, une personne n’est pas une ville, ne représente pas une ville. En aucun cas. Une personne est d’une plus grande complexité et ce qui la rend unique dépend avant tout de son vécu. Il est insultant de passer outre tous les aspects de sa personnalité pour la réduire à un point sur une carte. Il faut l’écouter avant de parler. Car l’échange est avant tout une source d’enrichissement.

Nanou

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